Concernant la crédulité induite par la télé, trois psychologues de l’université du Texas, Daniel Gilbert, Romin Tafarodi et Patrick Palone ont réalisé une expérience auprès de deux groupes de volontaires dont l’un devait lire des informations le plus vite possible sans en perdre la compréhension. L’expérience leur a permis de mettre en évidence le mécanisme cognitif suivant: la nécessité de comprendre rapidement une information dense pousse l’individu à supposer cette information vraie. « Ainsi, lorsque le flux de l’information se déroule vite, nous avons tendance à céder à ce présupposé de vérité, pour mieux assimiler le sens. Ce phénomène s’applique bien entendu à l’information télévisée. La télévision est spécialiste de l’information rapide. Dans ces conditions, ce “biais de crédulité” joue à fond: vous devez vous accrocher au flux rapide du discours et des images pour suivre le propos et le comprendre. Dans ce contexte, le réflexe du cerveau est de croire l’information vraie. Conclusion : le flux rapide d’information est un piège pour l’esprit critique. Le cerveau
humain est vulnérable aux situations où il faut comprendre rapidement ».
Pour ce qui est de la dépendance à la télévision, Bolher relate l’expérience menée par deux psychologues Robert Kubey et Mihaly Csikszentmihalyi : des volontaires portaient un boîtier sur lequel on pouvait les biper à n’importe quel moment de la journée. « La collecte des données a révélé que, en moyenne, les participants décrivaient des états émotionnels plus relaxés lorsqu’ils étaient en train de regarder la télévision. (…) Lorsque les téléspectateurs doivent s’extraire du petit écran, leur organisme doit faire face à de nouvelles tensions liées à la gestion de la réalité (…) »
Une autre expérience a montré les ressorts de cette relaxation artificielle: celle menée par le psychologue américain Byron Reeves qui a mesuré les variations du rythme cardiaque sur des sujets en train de regarder la télé. « tes programmes comportaient des changements de plans intervenants à différents intervalles de temps (…} B. Reeves a constaté, dans tous les cas, que les changements de plans (…) s’accompagnent d’une baisse du rythme cardiaque. Cet effet se nomme “réflexe d’orientation” et comporte toute une série de modifications à l’intérieur de l’organisme : une contraction des vaisseaux sanguins à l’intérieur des muscles, et, au contraire, une dilatation des vaisseaux dans le cerveau. Le réflexed’orientation serait une adaptation naturelle aux milieux visuels changeants : le ralentissement du rythme cardiaque et l’afflux de sang au cerveau entraîneraient notamment une mobilisation de l’attention vers la nouveauté. » Devant des changements d’environnements visuels très rapides, comme dans les clips ou les pubs notamment, « le réflexe d’orientation est activité en permanence et maintient un état artificiellement relaxé » dont il est particulièrement difficile de s’extraire. Là où l’on peut commencer à parler de dépendance, c’est lorsque le besoin de retrouver cet état devient compulsif.
La frustration et tous ses exutoires complètent le syndrome d’aliénation télévisuelle. Bolher souligne par exemple ce besoin paradoxal de consommer des sucreries ou autre « junk food » après avoir vu un programme mettant en valeur des femmes ou des hommes aux silhouettes parfaites, pulsion qui a justement pour effet de nous éloigner de ces modèles. Il cite des études mettant en évidence que les femmes exposées à des publicités parues dans des magazines féminins en concevaient une intense « insatisfaction corporelle » et « une humeur dégradée », frustration qui constitue pour le cerveau une préparation à recevoir une consolation ou récompense sous forme de sucrerie. Le couple minceur-plaisir constitue pour Bolher « un ticket gagnant pour la consommation, mais
pas forcément pour l’équilibre psychique des citoyens ». Autre type de frustration, tout aussi paradoxale, repérée dans le comportement de l’homo télévisus et qui relève de la psychologie des choix: celle dont s’accompagne le zapping. Citant une étude menée par Sheena lyengar, de l’université de Columbia et Mark Lepper de l’université de Stanford, Bohler souligne que cette frustration est d’autant plus intense que le choix des programmes est important. Il décrit ainsi le mécanisme à l’œuvre: « II semble que les choix plus variés engendrent une frustration liée à la conscience que nous avons des choix que nous n’avons pas pris ». C’est ce que les psychologues appellent les « coûts d’opportunité ». « C’est aussi pourquoi, devant notre télévision, nous zappons en permanence : nous voulons réduire les coûts d’opportunité en nous donnant l’illusion de voir tous les programmes. Mais ce comportement est contre-productif, car le fait de zapper annule le plaisir procuré par le programme en cours, qui requiert un minimum de suivi et de suspense pour apporter une quelconque satisfaction. Au bout du compte, nous en retirons un plaisir… nul ».
Source: NEXUS n°60 - 150 Petites Expériences de psychologie des médias pour mieux comprendre comment on vous manipule, Sébastien Bolher, 2008, Éd. Dunod.

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La méthode de Marx est avant tout la méthode matérialiste, Marx était l'ennemi du verbalisme, même du verbalisme prétendu révolutionnaire. Il était contre tous ceux qui, comme disait le spirituel Alexandre Herzen en parlant de son ami Bakounine, ont tort « de prendre le deuxième mois de grossesse pour le neuvième ». Résultat ; fausse couche ! Il était contre les émigrés qui après l'échec de la révolution de 1848, voulaient le plus tôt possible recommencer la révolution. Pour que la révolution triomphe, il faut les conditions matérielles nécessaires pour en assurer la victoire. Il était adversaire de ceux qui, sous prétexte d'aller vite, pour descendre du sixième étage sautent dans le vide au lieu de prendre l'escalier. Evidemment, c'est une méthode pour aller vite. On arrive plus tôt, mais dans quel état !
En Afrique, Massinissa, voyant les nombreuses villes établies, sur les rives de la Petite Syrte, ainsi que l'opulence de la contrée appelée les Emporia, convoitait depuis longtemps les importants revenus que procuraient ces pays. Il avait entrepris, peu avant l'époque qui nous occupe ici, de les enlever aux Carthaginois. Il se fut bientôt rendu maître du plat pays, car, en rase campagne, il était le plus fort, du fait que les Carthaginois, qui avaient toujours répugné à faire la guerre sur terre, étaient alors complètement amollis par de longues années de paix. Mais il ne parvint pas à s'emparer des villes, qui étaient bien gardées. Les deux parties portèrent leur querelle devant le Sénat, auquel ils envoyèrent à plusieurs reprises des ambassadeurs. Chaque fois, les Carthaginois voyaient leur thèse rejetée par les Romains, non pas qu'ils fussent dans leur tort, mais parce que leurs juges étaient persuadés qu'il était de leur intérêt de se prononcer contre eux. Pourtant Massinissa lui même, quand, peu d'années avant, il poursuivait avec des troupes le rebelle Aphther, avait demandé aux Carthaginois l'autorisation de traverser le pays en question, mais ceux ci, estimant qu'il n'en avait aucunement le droit, la lui avaient refusée. Néanmoins, à l'époque où nous en somme arrivés, les Carthaginois ne purent plus faire autrement que de s'incliner devant les sentences rendues à Rome. Ils durent non seulement abandonner le pays et les villes qui s'y trouvaient mais encore verser une somme de cinq cents talents, correspondant aux revenus qu'ils en avaient tirés depuis le début du conflit...